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L’Essonne bénéficie d’un réseau extrêmement dense d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche : deux universités (Paris-Sud et Evry-Val-d’Essonne), l’Ecole Polytechnique, plusieurs grandes écoles d’ingénieurs (Ecole Centrale-Supélec, Institut d’Optique Graduate School, Institut Mines-Télécom, Ecole Nationale Supérieure d’Informatique pour l’Industrie et l’Entreprise…), des centres de recherche (CEA, CNRS…), des plateformes technologiques et des infrastructures de recherche de tout premier plan (Digiteo, NeuroSpin, Synchrotron SOLEIL, Teratec, Genopole…). Autant de noms prestigieux qui font la renommée du département de l’Essonne dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche.

L’engagement du Conseil départemental de l’Essonne envers l’enseignement supérieur a reposé sur diverses actions :

• soutien aux universités, notamment en termes d’investissement pour les grands travaux sur les locaux à travers le Contrat de Plan Etat Région,
• soutien aux grands équipements de recherche (synchrotron SOLEIL, NeuroSpin), à la structuration des filières d’excellence du département : Optique-TIC/Santé-Biotechnologies/Eco-activités, et soutien aux programmes scientifiques,
• soutien aux incubateurs d’entreprises, pépinières et hôtels d’entreprises en lien avec les pôles de formation : IncubAlliance, incubateur Télécom&Management SudParis Entrepreneurs, Scientipôle…

Cet investissement départemental qui pèse lourdement sur son budget est méconnu du grand public. Sans doute parce que l’action départementale jusqu’en 2014 a plus répondu à une logique d’opportunité, voire de tiroir caisse, qu’à une stratégie planifiée.

La première question de fond qu’on peut se poser est évidente. Est-il légitime que le Département intervienne en matière d’enseignement supérieur et de recherche ?

Pour moi la réponse est sans ambiguïté : oui.

La seconde question pourrait être : doit-il y avoir des conditions à l’engagement départemental ?

Pour moi la réponse est encore sans ambiguïté : oui.

A mon sens l’action départementale en matière d’enseignement supérieur et de recherche est parfaitement légitime et indispensable dès lors qu’elle s’inscrit dans une dynamique intégrée de développement économique et d’emploi.

J’entends par dynamique intégrée, le fait que l’enseignement supérieur, la recherche, l’innovation, le développement économique et l’aménagement des territoires sont indissociables pour une Essonne qui gagne.

La volonté de François DUROVRAY, Président du Conseil départemental, de concentrer ces thématiques au sein d’une même délégation de Vice-président, est la première illustration de cette conception de notre nouvelle majorité départementale.

L’action départementale doit favoriser l’émergence de projets pensés dans leur globalité et dont on pressent qu’ils auront des impacts positifs en matière scientifique, entrepreunariale, territoriale et sociétale.

Les établissements d’enseignement supérieur, le monde de l’entreprise et les territoires ne peuvent pas vivre côte à côte dans des bulles imperméables. Ils sont « condamnés » à concevoir, travailler et construire l’avenir ensemble si nous voulons que notre société avance dans le bon sens.

Les universités connaissent ce mouvement de fond depuis déjà plusieurs années.

Grâce à la loi programme pour la recherche, portée en 2006 par Gilles de Robien, et la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, portée en 2007 par Valérie Pécresse, les universités françaises ont accédé progressivement à l’autonomie.

Elles ont pu engager des regroupements permettant aux universités, grandes écoles et organismes de recherche, de mettre en cohérence leurs différents dispositifs, de mutualiser leurs activités et leurs moyens pour proposer une offre de recherche et de formation plus cohérente, plus lisible et mieux adaptée aux besoins des territoires.

C’est une avancée importante, mais il faut aller au-delà, notamment dans la dimension entrepreunariale, le développement économique et l’aménagement du territoire.

L’Essonne compte des expériences réussies dans cet esprit. Je pense à Genopole, à la Technopole Teratec, à OpticsValley ou l’Institut d’Optique Graduate School par exemple.

Ces réussites sont certainement modélisables.

Le succès et la renommée mondiale de Genopole tiennent, au-delà de l’immense qualité des scientifiques qui ont œuvré, pour beaucoup à la manière même dont les projets ont été conçus.

C’est la conception qui a guidé la construction de Génépole et la collaboration intégrée entre le GIP et l’Université d’Evry-Val d’Essonne qui font que :
• La recherche fondamentale qui y est menée est mondialement respectée,
• La recherche appliquée qui y est conduite débouche sur des créations et des développements d’entreprises,
• Les entreprises enrichissent la dynamique de recherche,
• Les formations de haut niveau dispensées permettent aux entreprises de recruter des personnels « sachants » mais aussi rapidement opérationnels dans une dynamique entrepreunariale,
• Que le territoire du Centre Essonne bénéficie d’une image positive et de 2000 emplois directs et environ 5000 emplois indirects.

Autre exemple de réussite, la Filière Innovation-Entrepreneurs (FIE)© de l’Institut d’Optique Graduate School qui favorise la création d’entreprises techno-innovantes dans le domaine de la photonique.

La photonique est la science de la lumière. Elle s'hybride par nature avec d'autres sciences et technologies : biologie, médecine, numérique, cognitique, traitement du signal, nanosciences, aéronautique, architecture, génie civil... Les possibilités d'innovation sont infinies. Elle se diffuse à tous les niveaux dans la société tant dans le grand public (multimédias, téléphonie mobile…) que dans la recherche la plus avancée (biosciences, environnement,…).

Dès 2006, l’Institut d’Optique Graduate School, historiquement étroitement lié avec l’Université Paris-Sud, l’Ecole Polytechnique et HEC Paris, s’engage fortement dans la création d’entreprises : à partir d’idées issues des laboratoires de recherche ou d’entreprises, l’Institut mise sur ce potentiel inédit, croisement d’une technologie féconde et d’élèves recrutés parmi les élèves les plus motivés et les plus doués d’esprit d’initiative.

La Filière Innovation Entrepreneurs (FIE)© permet de développer des projets de création d’entreprises en photonique tout en formant par le concret des élèves-entrepreneurs sur un cycle long de deux ans à trois ans (niveau master).

L'originalité du système pédagogique FIE repose sur l'apprentissage par le concret.

Le défi consiste à mettre des élèves ingénieurs aux commandes de projets d'entreprises technologiques à forte valeur ajoutée : ce point est rendu possible par l'injection d'idées technologiques issues du réseau des partenaires de l’Institut d’Optique Graduate School.

Une cinquantaine de formateurs et accompagnateurs garantissent l’équilibre entre l'accompagnement d'affaire et l'accompagnement technologique.

Le projet d'entreprise est alors un véhicule d'apprentissage efficace pour une formation de grande qualité. Avec leur motivation comme "carburant", les élèves donnent réellement vie à leur propre projet.

Depuis 2006, 14 entreprises ont été créées par des diplômés formés par la FIE, dont 13 sur des problématiques liées à la photonique, ce qui représente 113 emplois créés.

En 2014, le chiffre d’affaire annuel global des entreprises atteint plus de 5,4 millions d’euros avec une levée de fonds cumulée de 15 millions d'euros. Les 127 diplômés de l’Institut d’Optique qui ont suivi la FIE© sont unanimement reconnus pour leur maturité hors du commun par les entreprises qui les embauchent.

Les signes positifs arrivent rapidement, preuve de la pertinence des actions menées : en 8 ans, les porteurs de projets de la FIE ont remporté 70 prix, fait rare pour des porteurs de projet étudiants ou tout jeunes diplômés.

Pour ne citer qu’une entreprise née sur le campus universitaire d’Orsay dans ce cadre, je mettrai en avant StereoLabs car le grand public va prochainement la découvrir dans le monde entier :

A partir d’une utopie formulée par un chirurgien de voir en 3D lors des opérations par endoscopie, un groupe d’élèves entrepreneurs a développé un logiciel complexe permettant une vision 3D de haute qualité en temps réel.

En quête de débouchés économiques, leur projet s’est repositionné vers le secteur de l’audiovisuel pour la génération de contenus vidéos ou cinématographiques en 3D. La qualité de leur produit est supérieure aux solutions commercialisées jusqu’à lors.

Bientôt, le deuxième opus d’«Avatar», plus grand succès commercial de l’histoire du cinéma, sera ainsi tourné par le réalisateur canadien James Cameron avec la technologie 3D de StereoLabs. Sortie du film prévue en 2017 ! Et cette jeune société dirigée par des ingénieurs âgés de 26 à 30 ans ne s’arrêtera pas là. StereoLabs a déjà ouvert un bureau Hong-Kong. Objectif : la conquête de la Chine qui équipe le pays de milliers de salles de cinéma équipées 3D. Pour autant, le secteur R&D de StereoLabs demeure sur le campus d’Orsay.

Le modèle « cluster », au sens large du terme, donne des résultats. Le département doit donc se positionner résolument en « incubateur de clusters ».

Il y a une vraie politique départementale à construire sur cette base.

Le département ne doit pas être un simple financeur. Il doit entrer dans une ère nouvelle de projets et de réalisations.

Nous devons préserver notre capital départemental en matière de formation supérieure, de recherche et d’innovation. Nous devons le développer et favoriser son adaptation aux enjeux du 21ème siècle et selon une logique territoriale concertée, équilibrée et efficiente.

Nous rencontrerons des difficultés. La première sera de faire les bons choix.

En termes budgétaires l’investissement du département pourrait en effet revêtir des approches différentes en fonction des projets.

Sur certains projets majeurs, la stabilité financière et l’engagement à long terme peuvent être une nécessité forte. Le Département doit donc se positionner au cœur même du projet et s’engager avec force et détermination.

Dans d’autres cas, l’action départementale peut simplement relever du coup de pouce indispensable à un démarrage réussi.

Enfin, l’aide départementale n’a pas à être, par principe, une nécessité absolue et pérenne. Elle peut s’exprimer de manière dégressive au fil du temps, selon un plan prévisionnel, pour accompagner le projet vers sa pleine autonomie financière.

Le Département doit donc s’entourer efficacement pour construire avec des experts pertinents tant en matière scientifique qu’économique ou sociétale une politique efficiente.

Cela posera également la question essentielle de l’évaluation de cette politique publique et donc des projets soutenus par le Département.

Car chaque euro dépensé doit être un investissement productif au regard des impacts que j’ai rappelé, en matière scientifique, entrepreunariale, territoriale et sociétale.