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L’Etat a lancé un « Plan de mobilisation pour l’aménagement et le logement en Ile-de-France ». L’Etat estime que le potentiel de « la porte sud du grand Paris » c'est-à-dire essentiellement le département de l’Essonne serait de 18 900 logements à créer sur 360 ha. Pour accélérer les procédures et atteindre cet objectif, l’Etat envisage une Opération d'Intérêt National. Dans cette perspective, le Préfet a initié une démarche de concertation en organisant 3 ateliers thématiques axés sur les transports, le logement et le développement économique.

18 900 logements à créer c’est énorme. Les secteurs visés pour ce chantier gigantesquesont situés sur deux blocs essonniens issus du schéma régional de coopération intercommunale : le premier est  composé de la Communauté de Communes de l’Arpajonnais et de la Communauté d’Agglomération du Val d’Orge. Le second est composé des Communautés d’Agglomération d’Evry Centre Essonne et de Seine Essonne. Les deux intercommunalités de Sénart en Essonne et en Seine et Marne seront aussi impactées.  Des zones telles que l’ancienne Base Aérienne 217 ou l’aire du futur de Grand Stade de rugby sont au cœur des débats par exemple.

Le Préfet a organisé des ateliers sur trois thèmes : le transport, le développement économique et le logement. C’est une bonne chose car il est fondamental d’aborder ces trois thématiques de front si l’on veut réussir une aussi vaste opération. Construire 18 900 logements ne peut pas être une fin en soi. Il faut penser humain. 18 900 logements c’est surtout environ 60 000 nouveaux habitants qui vont venir vivre dans nos communes essonniennes. Ils auront besoin de se déplacer, de travailler, d’avoir des commerces pour vivre correctement.

Je ne minimise pas la crise du logement. Lorsqu’on sait qu’en Essonne on dénombre 58 000 demandeurs de logements on mesure l’importance du problème. Pour autant l’histoire a montré que construire sans se préoccuper de l’emploi et de l’accessibilité conduit à des échecs cuisants notamment sociaux. Beaucoup d’élus locaux ont souligné l’importance du triptyque Emploi/Transport/Logement et le Préfet l’a bien entendue. Le développement économique et l’aménagement des territoires doivent donc être au cœur des enjeux, autant que la construction des logements. Les élus locaux y seront vigilants.

Nous avons de l’ambition pour le développement économique de l’Essonne. Notre département a des atouts considérables. Nous avons la chance d'accueillir  de grandes écoles scientifiques, des laboratoires sur le plateau de Saclay, l'Opticvalley des pôles de compétitivité... Nous avons à Evry le Génopole, le Génocentre avec toute une série d'entreprises satellitaires dans le domaine du génome avec une personnalité internationalement reconnue comme Pierre TAMBOURIN. Nous avons le CEA avec Teratec, le plus important  super calculateur d'Europe à Bruyères le Châtel et un campus en devenir qui attire déjà des multinationales comme INTEL et où l'avenir du Big Data se dessine.

Nous avons de nouveaux secteurs  émergents avec les éco-filières et les éco-activités qui ont toutes leurs places sur le plateau de Vert le Grand aux côtés de l'éco-site de la Semardel. Nous avons la filière végétale en devenir avec la société Daregal à Milly la forêt.

Nous avons un potentiel extraordinaire sur les terrains de l'ancienne base aérienne 217 qui doit pouvoir être la vitrine d'un nouveau pôle de sûreté défense et de développement de la filière drone. D'ailleurs ce n'est pas un hasard si l'école nationale de pilotage des drones « Drones center » a choisi de s'y installer. Pour moi, l'Essonne doit être l'incubateur de l'innovation technologique en France et pourquoi pas en Europe !

Nous avons cette ambition avec la nouvelle majorité départementale et nous aurions tort de ne pas nous en donner les moyens et pour de nombreuses raisons !

Tout d'abord pour des raisons d'opportunités. Le Conseil départemental doit être le facilitateur entre le monde de la recherche et le monde économique. D’où notre positionnement tout trouvé d'incubateur de l'innovation technologique !

Ensuite pour des raisons de restructurations liées aux réformes législatives. Si la loi « Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRe) » confie la  compétence du développement économique à la Région, alors l'échelon départemental de proximité disparaîtra et cela sera pénalisant pour l'Essonne sauf à démontrer que notre positionnement sur l'innovation nous distingue des autres départements et nous permet de conserver la compétence économique ce dont je suis intimement persuadé.

Dans la même lignée, le Schéma Régional de Coopération Intercommunale va bouleverser les territoires et il serait pénalisant que cela génère une période d'immobilisme économique en attendant les fusions des intercommunalités.

En matière de transport par contre, le paysage est beaucoup plus sombre. Comme l’a rappelé au Préfet le Président du Conseil départemental, François DUROVRAY, les déplacements, comme le développement économique, sont des enjeux majeurs en Essonne. Et en matière de transport, les budgets nécessaires sont tels que des projets d’importance ont déjà pris beaucoup de retard, faute de financements. L’inquiétude est donc forte pour cet aspect qui ne peut pas être occulté si on veut créer 18 900 logements nouveaux. Autant de futurs utilisateurs des RER C et D déjà saturés et offrant un service désastreux.

La mise en œuvre du « Plan de mobilisation pour l’aménagement et le logement en Ile-de-France » voulu par l’Etat n’est donc pas sans poser de difficultés.

La prise en compte de l'accompagnement des territoires pour qu'ils soient attractifs en est une essentielle. Il faut accélérer l'aménagement numérique, favoriser le développement de nouveaux axes de transports et surtout accompagner les communes et intercommunalités financièrement.

Construire 18 900 logements cela implique des besoins de nouvelles écoles, de nouvelles crèches, de terrains de sport, etc.

Les communes ou leurs EPCI ne pourront pas faire face seules, en l’état actuel, à ces investissements très lourds qu’il faudra engager.

Mais surtout, l’accompagnement de l’Etat ne pourra pas se borner à débourser quelques subventions d’investissement supplémentaires. Car tous ces équipements génèreront des frais de fonctionnement pérennes. 

La politique actuelle du Gouvernement qui consiste à supprimer les dotations aux communes qui doivent supporter les structures publiques de vie est donc totalement incompatible avec la démarche envisagée.

Une autredifficulté réside dans la gouvernance de la mise en œuvre de ce plan. L'Etat ne peut pas décider seul avec des organismes opérationnels, que se soit avec l'établissement public du plateau de Saclay (EPPS) ou l'AFTRP. Un vrai partenariat positif est à construire rapprochant ces entités et les territoires.

Une gouvernance partagée et respectueuse des territoires et agglomérations est indispensable à la réussite, non pas de la construction des logements, mais surtout de la bonne intégration de ces nouveaux quartiers dans les villes.

L'Essonne peut parler d'une seule et même voix avec l'Etat si les rôles sont partagés ou au contraire d'une seule et même voix contre l'Etat si il n'y a pas d'ententes territoriales.

Pour mener son « Plan de mobilisation pour l’aménagement et le logement en Ile-de-France » l’Etat envisage d’en faire une Opération d’Intérêt National.

Cette procédure n’est qu’un moyen. Je ne suis pas contre par principe. Elle peut être une opportunité réelle pour accélérer l'émergence de projets.

Mais il faut savoir que dans le cadre d’une OIN, c’est l’Etat qui accorde les permis de construire et non le Maire qui se trouve dépouillé de cette prérogative. Si tous les acteurs locaux sont associés et respectés (communes, agglomérations, Conseil départemental, Société départementale d'Economie Mixte d'Aménagement) et valident le projet, cela peut être un bon outil administratif.

Dans le cas contraire, si l'OIN est simplement le moyen pour l’Etat de passer en force, la méthode sera jugée véritablement punitive. Pour préserver l’avenir, l’Etat doit jouer le jeu en matière de concertation et de gouvernance et ne pas remettre en cause les orientations et investissements déjà engagés par les territoires locaux.

Je pense par exemple au Grand Stade de rugby. Il s'agit en fait bien plus que d'un grand stade qui ne recevra en réalité des manifestations sportives que pendant 45 jours par an.

En réalité, cela doit être un incubateur pour développer une filière sport en partenariat avec les universités et les industries, faire émerger de nouveaux quartiers d'affaires, et se doter de transports publics adaptés. De plus ce projet doit être porteur pour tous les autres territoires voisins qui pourront offrir des perspectives complémentaires au grand stade notamment pour la filière touristique et culturelle par exemple. L’OIN ne doit pas remettre en cause cette démarche d’aménagement globale.

Concernant la BA 217, les agglomérations du Val d'Orge et du Val d'Essonne travaillent maintenant depuis 3 ans sur un projet cohérent de reconversion à vocation économique. Si l'état revenait sur ses engagements et dédiait le site à une simple opération de promotion de logements, cela serait une catastrophe pour les investissements engagés par les 2 collectivités et serait vécu comme un mépris inacceptable.

L’Etat ne semble pas enclin à commettre une telle erreur selon les premiers débats. C’est heureux face au plus gros potentiel régional que représente l'aménagement de ces 400 ha, mais nous serons vigilants.

Ces sujets sont des priorités majeures, pour moi, à la fois en tant que Vice-président du Conseil départemental, président de l’AEE qui participe à ces projets depuis leur origine et également en qualité de Président de la Communauté de Communes du Val d’Essonne qui est partie prenante du développement de la base aérienne.

Je préside désormais la Société d'Economie Mixte d'Aménagement Essonne Aménagement (SEM départementale)  et l'Agence pour l'Economie. C’est une réelle opportunité de coordonner ces 2 outils face à ces nouveaux enjeux de territoire.

Cette juxtaposition d'outils n'a jamais été réunie depuis la création de ces structures. C'est la traduction d'une volonté politique partagée par la nouvelle majorité départementale de coordonner et d'optimiser l'aménagement du territoire et le développement économique.

Ainsi associés, les deux outils fonctionnels présentent le panel global pour accompagner les territoires : de l'étude à la réalisation tout en proposant  la mise en relation avec les réseaux économiques. Cela relève autant du bon sens que de l'optimisation et l'articulation des ressources et des compétences.

J’espère sincèrement que l’Etat saura, dans le cadre du « Plan de mobilisation pour l’aménagement et le logement en Ile-de-France », profiter pleinement de ces ressources départementales en termes d’expertise et de maîtrise des enjeux locaux.